Les affections du dos chez le cheval représentent une source d’inquiétude majeure pour de nombreux propriétaires. Parmi ces problématiques, les conflits de processus épineux (CPE), souvent désignés par le terme anglo-saxon « kissing spines », occupent une place particulière. Cette affection encore mal comprise génère de nombreuses interrogations et peut avoir des répercussions importantes sur le confort et les performances de nos compagnons équins.
Les manifestations peuvent être très variables d’un cheval à l’autre, rendant parfois la reconnaissance de cette affection complexe. Entre causes réelles, conséquences observées et idées reçues qui circulent dans le milieu équestre, il est essentiel de faire le point.
L’objectif de cet article est de vous aider à mieux comprendre les conflits de processus épineux pour adapter le travail, l’environnement ainsi que l’accompagnement de votre cheval et ainsi lui offrir les meilleures conditions possibles.
Conflit de processus épineux chez le cheval : qu’est-ce que c’est ?
Pour comprendre cette pathologie dorsale, il convient de revenir aux bases de l’anatomie équine. La colonne vertébrale du cheval se compose de plusieurs types de vertèbres, chacune surmontée d’une projection osseuse appelée processus épineux.
Source : Arioneo
Les processus épineux sont particulièrement longs au niveau du garrot, pouvant atteindre jusqu’à 25 centimètres. Leur longueur diminue progressivement en direction de la croupe. Entre chaque processus épineux existe normalement un espace interépineux, véritable zone fonctionnelle faite de ligaments et de tissus souples, indispensable à la mobilité, à l’amortissement des contraintes ainsi qu’à la souplesse de la colonne vertébrale du cheval.
Le terme « conflit » désigne une situation où les processus épineux de deux vertèbres adjacentes sont anormalement proches, se touchent ou même se chevauchent. Cette proximité excessive entraîne des contacts osseux répétés et des contraintes mécaniques anormales, pouvant affecter les structures osseuses et les tissus environnants
L’expression anglaise « kissing spine » illustre de façon imagée cette situation : les processus épineux se « touchent » comme lors d’un baiser, alors qu’ils devraient rester à distance les uns des autres.
Localisation la plus fréquente
Les conflits de processus épineux ne se développent pas de manière uniforme le long de la colonne vertébrale. Certaines zones sont plus fréquemment concernées, notamment les régions thoracique et lombaire, situées approximativement sous la selle et juste en arrière de celle-ci.
Cette répartition s’explique par les contraintes biomécaniques importantes que ces zones doivent supporter, particulièrement lorsque le cheval est monté. Le poids du cavalier, les mouvements répétés et les phases de flexion et d’extension, ainsi que les sollicitations lors du travail, génèrent des charges mécaniques élevées sur ces vertèbres. C’est pourquoi les chevaux de sport et de loisir montés régulièrement sont particulièrement exposés au développement de cette pathologie au niveau de ces zones spécifiques.
Pourquoi certains chevaux développent-ils des conflits de processus épineux ?
Les conflits de processus épineux ne sont jamais dus à une seule cause. Ils résultent le plus souvent d’un ensemble de facteurs à la fois individuels, environnementaux et fonctionnels qui, combinés, augmentent les contraintes biomécaniques exercées sur la colonne vertébrale du cheval.
Les facteurs morphologiques et individuels
Certains chevaux présentent des prédispositions naturelles liées à leur morphologie, à leur développement et à leur patrimoine génétique :
- Composante génétique et morphologique. Certaines lignées et certains profils morphologiques, fréquemment rencontrés chez les chevaux de sport, semblent davantage exposés. Des conformations associant notamment un dos long, un thorax profond et des processus épineux fins et rapprochés favorisent mécaniquement leur rapprochement.
- Ce type de morphologie est par exemple souvent observé chez les chevaux de sang, comme le Pur-sang anglais, sans qu’aucune race ne soit totalement épargnée.
- Conformation du dos. Un dos très long ou au contraire très court, une orientation particulière des vertèbres ou un garrot marqué peuvent modifier la répartition des contraintes le long de la colonne vertébrale. Lorsque ces particularités s’accompagnent d’un manque de soutien musculaire dorsal, certaines zones du dos se retrouvent davantage sollicitées. Cette surcharge mécanique favorise alors le rapprochement des processus épineux et augmente le risque de conflits interépineux.
- Compensations posturales. Une asymétrie, une irrégularité de locomotion ou un déséquilibre global peuvent entraîner des adaptations qui surchargent certaines régions du dos.
Influence du mode de vie et du travail
L’environnement et les conditions de vie du cheval ont une incidence directe sur la santé de son dos.
- Manque de mouvement libre. Une vie majoritairement au box limite le développement musculaire, la coordination et la souplesse de la colonne.
- Travail précoce ou inadapté. Solliciter un cheval trop jeune ou répéter des exercices contraignants sans variation peut aussi accentuer les contraintes exercées sur certaines parties du dos.
- Déséquilibres musculaires. Une musculature dorsale et abdominale insuffisante, mal développée ou asymétrique laisse les structures osseuses et ligamentaires absorber directement des contraintes mécaniques excessives.
Ce que l’on confond souvent avec les causes
Une idée largement répandue attribue les conflits de processus épineux exclusivement à “une mauvaise équitation”. S’il est vrai que le travail monté et les interventions du cavalier peuvent être un facteur aggravant, il n’est pas l’unique responsable de cette affection. Un cavalier déséquilibré, une assiette lourde ou des demandes inadaptées peuvent effectivement accentuer les sollicitations mécaniques sur le dos du cheval, mais de nombreux autres éléments (morphologiques, posturaux, musculaires et environnementaux) entrent en jeu.
Le mythe du « cheval mal travaillé » mérite donc d’être nuancé. Certains chevaux développent des conflits de processus épineux malgré un travail conduit avec attention, en raison de prédispositions morphologiques ou génétiques. À l’inverse, d’autres chevaux montés de façon approximative ne présenteront jamais cette problématique.
Ce sont presque toujours plusieurs facteurs combinés qui expliquent l’apparition des conflits de processus épineux, et non une cause isolée.
Les signes qui peuvent alerter sur d’éventuels conflits de processus épineux
Plusieurs signaux doivent alerter sur la possibilité que le cheval présente une affection dorsale, dont les kissing spines peuvent faire partie.
Les signes visibles au quotidien
Les conflits de processus épineux peuvent se manifester de manière progressive et parfois subtil dans la vie quotidienne du cheval, bien avant que des signes évidents n’apparaissent au travail.
- Les changements de comportement constituent généralement les premiers indicateurs. Un cheval habituellement calme qui devient irritable doit attirer votre attention (bien que cela peut être lié à d’autres problématiques comme les ulcères gastriques, des douleur dentaires ou articulaires).
- Les réactions au pansage ou au sanglage sont particulièrement révélatrices. Un cheval qui contracte son dos, qui pince les lèvres, couche les oreilles ou tente de mordre lors du brossage de certaines zones dorsales exprime probablement un inconfort ou une gêne localisée. De même, les réactions lors du sanglage (cheval qui gonfle son ventre de manière excessive, qui bouge constamment ou qui présente des signes d’agacement) peuvent indiquer une gêne dorsale.
- La difficulté à se détendre représente un autre signe d’alerte. Un cheval qui reste tendu au box, s’agite ou qui présente des difficultés à se rouler peut ressentir une gêne dans la région dorsale.
Les signes observés au travail
C’est souvent lors du travail monté que les manifestations deviennent plus évidentes, bien qu’elles puissent varier considérablement d’un jour à l’autre. Précisions également que ces signes peuvent apparaître au fur et à mesure que le cheval travaille.
- Les défenses et irrégularités constituent des signaux importants. Refus d’avancer, ruades, allures irrégulières, chevaux qui se dérobent aux transitions ou qui manifestent une réticence face à certains exercices sont autant de manifestations possibles. La rigidité générale, un dos qui semble « bloqué » et difficile à mobiliser, ou une asymétrie dans les mouvements devraient également attirer votre attention.
- La difficulté à engager les postérieurs ou à se tendre correctement traduit souvent un inconfort dorsal. Le cheval peine à mobiliser correctement sa ligne du dessus, reste sur les épaules et présente des allures raccourcies, peu amples et peu expressives. .
- La variabilité des symptômes caractérise fréquemment cette affection. Un cheval peut sembler parfaitement normal un jour et présenter des signes marqués le lendemain, en fonction de nombreux facteurs comme l’intensité du travail précédent, les conditions météorologiques, son état de fatigue général ou encore son niveau de confort général.
Pourquoi les signes sont-ils parfois discrets ou intermittents ?
Cette variabilité dans les manifestations des CPE s’explique par plusieurs mécanismes et notamment par les capacités de compensation musculaire du cheval qui lui permettent de masquer temporairement son inconfort.
L’organisme équin possède d‘extraordinaires capacités d’adaptation.
Face à des gênes dorsales, un cheval peut développer des stratégies de compensation, en modifiant l’utilisation de sa musculature et de sa posture pour limiter la sollicitation des zones sensibles. C’est pourquoi certains chevaux apprennent à gérer leur gêne et continuent de travailler sans exprimer de signes évidents. Mais les mécanismes de compensation ne tiennent pas forcément dans le temps parce qu’ils peuvent entraîner l’apparition de nouvelles tensions, de déséquilibres musculaires et d’atteintes secondaires donc à l’évolution de la pathologie (on parle de stade lié à l’arthrose mais aussi aux CPE).
Comment identifier les conflits de processus épineux ?
Même lorsque les signes sont présents depuis longtemps, l’identification des conflits de processus épineux reste toujours utile : elle permet d’ajuster les soins, le travail et l’accompagnement du cheval afin d’améliorer son bien-être et sa qualité de vie.
L’importance de l’examen vétérinaire
Face à des signes évocateurs, seul un vétérinaire équin peut établir un diagnostic précis. L’examen commence par un recueil détaillé d’informations sur l’historique du cheval (mode de vie, travail, évolution des symptômes, performances, etc.) puis l’examen clinique comprend :
- l’observation attentive du cheval en mouvement, sur un sol dur et un sol mou idéalement.
- une palpation minutieuse du dos afin d’identifier les zones sensibles
- l’évaluation de la locomotion, à pied comme monté.
L’imagerie et ses limites
Les radiographies constituent l’outil principal d‘identification des conflits de processus épineux chez le cheval. Elles permettent de visualiser les structures osseuses, d’évaluer l’espacement interépineux et de détecter d’éventuels remaniements osseux.
Cependant, un point essentiel doit être souligné : l’aspect radiographique ne reflète pas nécessairement l’intensité de la gêne ressentie par le cheval. C’est là une notion fondamentale que tout propriétaire doit comprendre. Un cheval présentant de multiples conflits visibles à la radiographie peut se montrer confortable et performant tandis qu’un autre avec une atteinte minime sur l’imagerie peut exprimer une gêne importante.
Cette absence de corrélation directe souligne l’importance d’une approche globale, prenant en compte non seulement l’imagerie mais aussi et surtout les signes cliniques, le comportement du cheval et ses capacités de travail.
Que faire face aux conflits de processus épineux ?
Face à un cheval présentant des conflits de processus épineux, plusieurs leviers permettent d’améliorer durablement son confort, sa mobilité et sa qualité de vie.
L’accompagnement vétérinaire et paramédical
Le vétérinaire peut proposer différentes options en fonction de l’intensité des manifestations et les objectifs fixés. Les infiltrations échoguidées permettent d’agir directement sur les zones concernées. La mésothérapie représente une autre approche, tout comme l’utilisation de certains protocoles médicamenteux adaptés à chaque situation.
Les professionnels paramédicaux jouent un rôle essentiel dans cette prise en charge globale.
Les physiothérapeutes équins peuvent proposer des techniques manuelles et des programmes d’exercices adaptés visant à restaurer la mobilité, l’équilibre musculaire et le confort dorsal. L’ostéopathie équine contribue quant à elle au maintien de l’équilibre général de la structure et peut aider à identifier et accompagner les compensations développées par le cheval.
La prévention : l’axe fondamental
Plus encore que l’accompagnement d’une situation existante, la prévention représente la clé pour préserver la santé dorsale du cheval sur le long terme.
- Adapter le travail sans contraindre le cheval constitue le pilier de cette prévention. Il ne s’agit pas de limiter l’activité, mais de la concevoir de manière réfléchie, progressive et respectueuse de la biomécanique du cheval.
- L’échauffement joue un rôle déterminant. Débuter chaque séance par une phase d’échauffement appropriée permet aux structures du dos de se préparer progressivement aux sollicitations. Un échauffement efficace inclut du travail en main, des mouvements d’assouplissement et une montée progressive en intensité.
- Des exercices adaptés font toute la différence pour les chevaux concernés par des sensibilités dorsales. Le travail sur des barres au sol favorise l’engagement sans contrainte excessive. Les exercices d’extension d’encolure, réalisés correctement, encouragent l’élévation et la mobilisation du dos.
Repenser le mode de vie pour soutenir le dos
Au-delà du travail monté, les conditions de vie quotidiennes de votre cheval influencent considérablement sa santé dorsale.
- Un cheval qui bouge librement au quotidien conserve naturellement sa souplesse articulaire et développe une musculature plus équilibrée. L’accès régulier au paddock ou au pré, idéalement sur des terrains variés qui stimulent la proprioception, permet ces mouvements spontanés essentiels.
- La vie sociale équine (l’un des piliers des fameux Friends des 3F du cheval) joue également un rôle majeur. Un cheval vivant dans un environnement trop restrictif, pauvre en interactions sociales et en liberté de mouvement, favorise l’apparition de tensions et de compensations, même chez un cheval correctement travaillé. Le mouvement naturel, les interactions avec des congénères et la possibilité d’exprimer des comportements normaux contribuent au bien-être général et à la santé du dos.
Soigner l’équipement et l’encadrement
Pensez également à :
- Choisir une selle parfaitement adaptée à la morphologie spécifique de votre cheval. Une selle inadaptée génère des contraintes mécaniques inappropriées sur certaines zones du dos. L’intervention régulière d’un saddle-fitter qualifié est vivement recommandée.
- Vous entourer de professionnels compétents. Un enseignant attentif à la locomotion sera capable d’observer les subtilités du mouvement et d’ajuster son travail en fonction des réactions du cheval.
Soutenir l’organisme dans sa globalité
Au-delà du travail et de l’environnement, les compléments alimentaires peuvent également accompagner le cheval au quotidien.
- Pour soutenir le développement musculaire et la récupération, des solutions telles que Muscle +, enrichi en vitamine E, sélénium et lysine, contribuent au maintien d’une musculature fonctionnelle, indispensable au soutien de la chaîne dorsale
- Avant l’effort, l’utilisation du Chili Warm Gel contribue à la préparation musculaire. Ce gel à base d’extraits végétaux s’applique localement avant l’effort pour favoriser l’échauffement local des zones sollicitées.
- En période de sollicitations intensives, comme lors de compétitions, Hippocrampes peut accompagner l’organisme du cheval face aux contraintes musculaires ponctuelles.
Ces solutions s’inscrivent dans une approche globale de soutien du cheval et ne se substituent en aucun cas à un suivi vétérinaire approprié ni aux mesures fondamentales d’adaptation du travail et du mode de vie.
Le mot de la fin
Les conflits de processus épineux rappellent une chose essentielle : chaque cheval a son propre fonctionnement et ses propres limites. Derrière un dos sensible, il y a souvent un ensemble de signaux à écouter, pas une simple radiographie à interpréter. En observant attentivement votre cheval, en adaptant son travail, son cadre de vie et son alimentation, mais aussi en vous entourant des bons professionnels, il est possible de lui offrir un quotidien plus confortable et plus serein.
FAQ – Conflits de processus épineux (kissing spines) chez le cheval
Les conflits de processus épineux sont-ils fréquents chez le cheval ?
Ils sont relativement courants, notamment chez les chevaux montés régulièrement. En revanche, la présence de signes radiographiques ne signifie pas forcément que le cheval ressente une gêne au quotidien.
Un cheval avec des conflits de processus épineux peut-il continuer à travailler ?
Oui, dans de nombreux cas, à condition que le travail soit adapté à son niveau de confort, à sa musculature et à ses capacités fonctionnelles. Ce sont les réactions du cheval, bien plus que les images, qui doivent guider les ajustements.
Les conflits de processus épineux s’aggravent-ils forcément avec le temps ?
Non, leur évolution dépend fortement du mode de vie, du type de travail, de l’équipement et de l’accompagnement mis en place. Un cadre adapté peut permettre de maintenir un bon équilibre sur le long terme.
Le travail à pied est-il recommandé en cas de kissing spines ?
Le travail à pied est souvent un excellent outil pour développer la musculature et la souplesse sans poids sur le dos. Il doit toutefois être réalisé avec attention, dans une attitude juste et sur des exercices adaptés.
Certaines disciplines sont-elles incompatibles avec les kissing spines ?
Il n’existe pas de règle absolue : tout dépend du cheval, de son confort et de la manière dont la discipline est pratiquée. Des adaptations sont parfois nécessaires pour respecter ses limites et préserver son bien-être.
Quel rôle joue l’alimentation chez un cheval concerné par des conflits de processus épineux ?Une alimentation équilibrée contribue au maintien d’un bon état corporel et d’une musculature fonctionnelle, indispensables au soutien de la colonne vertébrale. Elle s’inscrit toujours dans une approche globale, en complément du travail et du mode de vie.










